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Journal · 15 septembre 2026 · 10 min de lecture

Thé vert de Shizuoka : Makinohara, musée du thé et champs face au Fuji

Sencha, fukamushi, gyokuro et hojicha, plateau de Makinohara, musée du thé de Shimada, saison du shincha et champs avec vue sur le mont Fuji : le guide pratique du thé vert de Shizuoka, à une heure de Tokyo.

Shizuoka, la grande région du thé vert japonais

Quand un Japonais pense au thé de tous les jours, le sencha qu'on boit au bureau, à la maison ou en bouteille au konbini, il pense à Shizuoka. La préfecture, entre Tokyo et Nagoya, a été pendant plus de soixante ans le premier producteur de thé du pays. En 2024, pour la première fois depuis le début des statistiques en 1959, Kagoshima l'a dépassée en volume de thé brut (aracha) : 40,4 % contre 38,6 %. Shizuoka reste néanmoins la référence pour le sencha, le commerce et la culture du thé.

Le climat explique tout : des hivers doux, des pluies régulières, des brouillards matinaux sur les rivières Oi et Abe, et des pentes bien drainées. On voit des théiers partout, des collines de Kakegawa aux vallées encaissées de Kawane, jusqu'au pied du mont Fuji.

Uji, près de Kyoto, est la patrie historique du matcha et de la cérémonie du thé. Shizuoka est autre chose : une région agricole de grande échelle, où l'on comprend comment le thé passe du champ à l'usine, puis à la tasse. Les deux visites se complètent plus qu'elles ne se répètent.

Quelques repères pour situer la région :

  • Makinohara et Shimada : le grand plateau à thé et le musée du thé, à environ 1 h 30 de Tokyo.
  • Kakegawa et Kikugawa : capitales du fukamushi-cha, le sencha « à étuvage long ».
  • Kawane : vallée de montagne aux thés parfumés, desservie par le train à vapeur de l'Oigawa Railway.
  • Fuji et Fujinomiya : les champs de thé avec le mont Fuji en toile de fond.
  • Okabe (Fujieda) : l'une des grandes régions du gyokuro, le thé ombragé.

Plateau de Makinohara et musée du thé Ochanomiyako : visite pratique

Le plateau de Makinohara, entre les villes de Shimada, Makinohara et Kikugawa, est le plus vaste ensemble de champs de thé d'un seul tenant au Japon. Ces terres en friche ont été défrichées à partir de 1869, après la fin du shogunat, par d'anciens vassaux des Tokugawa installés dans la région et par les porteurs qui faisaient traverser l'Oi à gué, privés de travail par les nouveaux ponts. Les rangs de théiers taillés en arrondi s'étendent à perte de vue ; par temps clair, le mont Fuji apparaît au nord-est.

Dans la même zone, autour de Kakegawa et de Kikugawa, les producteurs pratiquent le chagusaba : ils fauchent les herbes de prairies voisines et les étalent entre les rangs de théiers pour nourrir le sol et garder l'humidité. Ce système, qui préserve aussi une grande diversité de plantes et d'insectes, a été inscrit au patrimoine agricole mondial (GIAHS) de la FAO en 2013.

Le meilleur point de départ est le Fujinokuni Cha no Miyako Museum (musée « capitale du thé »), à Shimada, au bord du plateau. Il présente l'origine du thé, sa diffusion dans le monde, l'industrie du thé de Shizuoka et un jardin reconstitué d'après Kobori Enshu, maître de thé du XVIIe siècle, avec son pavillon de thé.

Informations pratiques (site officiel) :

  • Horaires : 9 h-17 h (dernière entrée 16 h 30) ; pavillon de thé 9 h 30-16 h.
  • Fermeture : le mardi (le lendemain si le mardi est férié), et en fin d'année.
  • Entrée : 500 ¥ ; 400 ¥ par personne pour les groupes de 20 personnes payantes et plus ; gratuit pour les étudiants et moins, et les plus de 70 ans.
  • Moudre son matcha à la meule de pierre : 300 ¥ en plus de l'entrée, environ 20 minutes, 6 personnes par séance ; on repart avec la poudre.
  • Thé dans le pavillon : matcha préparé par une enseignante avec un wagashi de saison, 700 ¥ (espèces uniquement), environ 20 minutes, jusqu'à 16 personnes par séance.
  • Sur place : un restaurant-café qui cuisine le thé et des produits de Shizuoka, une boutique avec dégustation de thés de la préfecture, et un espace d'observation tourné vers le mont Fuji au 3e étage.

Prévoir 1 h 30 à 2 heures. L'accès se fait en voiture (une dizaine de minutes des sorties Shimada-Kanaya ou Sagara-Makinohara) ou en bus depuis la gare JR de Kanaya.

Sencha, gyokuro, matcha, hojicha : les thés de Shizuoka et comment les infuser

Tous les thés verts japonais viennent de la même plante (Camellia sinensis). Ce qui change, c'est la culture, le moment de la cueillette et la transformation. Au Japon, les feuilles fraîches sont étuvées quelques heures après la récolte pour bloquer l'oxydation, ce qui donne cette couleur verte et ce goût végétal, très différents des thés verts chinois torréfiés à la poêle.

Les grands types que l'on trouve à Shizuoka :

  • Sencha : le thé de tous les jours, étuvé, roulé et séché. C'est la spécialité de la région. Infusion : eau à 70-80 °C, une minute environ.
  • Fukamushi-cha : un sencha étuvé deux à trois fois plus longtemps, typique de Kakegawa et de Makinohara. Feuilles plus fines, liqueur vert sombre et trouble, goût rond et peu amer. Infusion courte, 30 à 40 secondes.
  • Gyokuro : thé ombragé une vingtaine de jours avant la récolte, ce qui augmente sa douceur et son umami. Okabe, à Fujieda, en est une région réputée. Infusion à 50-60 °C, deux minutes, en petite quantité.
  • Kabuse-cha : ombragé moins longtemps (environ une semaine), entre sencha et gyokuro.
  • Matcha : feuilles ombragées, étuvées et séchées sans roulage (tencha), puis moulues à la meule. Shizuoka en produit, mais pour l'histoire du matcha et de la cérémonie, Uji reste la référence.
  • Hojicha : thé torréfié, brun, aux notes grillées, pauvre en caféine. Infusion à l'eau bouillante, 30 secondes.
  • Genmaicha : sencha ou bancha mélangé à du riz grillé.

Le calendrier compte aussi. La première récolte (ichibancha) donne le shincha, le « thé nouveau », vendu de fin avril à mai. Elle est suivie de récoltes d'été (nibancha) et d'automne, aux thés plus ordinaires, souvent destinés aux bouteilles et au hojicha.

Pour acheter, on conseille de goûter avant : la plupart des boutiques de thé de Shizuoka servent une tasse sur demande. Un bon sencha de première récolte se trouve autour de 1 000 à 2 000 ¥ les 100 g ; le gyokuro et les shincha de concours coûtent bien plus. Gardez le thé au frais, à l'abri de la lumière, et consommez-le dans les deux mois après ouverture.

Théière japonaise kyusu en terre rouge et tasse de thé vert sur un plateau en bois
Théière japonaise kyusu en terre rouge et tasse de thé vert sur un plateau en bois · © Travel with Lenses / Pexels · Pexels License

Quand venir : saison du shincha et cueillette du thé

La meilleure période est de fin avril à mi-mai. Les théiers se couvrent de jeunes pousses vert tendre, les usines tournent jour et nuit pour transformer les feuilles du jour, et l'odeur du thé étuvé flotte sur les villages. Le moment symbolique est le hachijuhachiya, le 88e jour après le début du printemps du calendrier traditionnel (risshun), autour du 2 mai : selon la tradition, le thé cueilli ce jour-là porte chance et garde en bonne santé.

C'est aussi la saison de la cueillette (chatsumi). Plusieurs exploitations et lieux touristiques de la préfecture proposent de cueillir quelques poignées de feuilles à la main, parfois en kimono de cueilleuse avec tablier et chapeau, puis de les rouler et sécher pour en faire son propre thé. Ces activités sont saisonnières, souvent limitées à quelques semaines et à réserver à l'avance ; les conditions varient d'un lieu à l'autre.

Les autres saisons ont leurs atouts :

  • Juin-juillet : deuxième récolte, champs encore très verts, moins de monde.
  • Octobre-décembre : les théiers fleurissent (petites fleurs blanches à cœur jaune) et l'air sec rend le mont Fuji visible plus souvent.
  • Hiver : ciel le plus dégagé pour le Fuji enneigé au-dessus des champs ; les feuilles sont foncées, mais le contraste est superbe.

À éviter : la Golden Week (29 avril-5 mai) si vous détestez la foule, car elle tombe en plein shincha. Une visite juste avant ou juste après offre le même spectacle avec des routes plus calmes.

Conseil pratique : en pleine saison, les fermes et usines sont débordées. Une visite d'usine de thé brut (aracha) se négocie plusieurs semaines à l'avance, et souvent pour de petits groupes uniquement.

Champs de thé et mont Fuji : où trouver la vue

La photo des rangs de thé avec le Fuji en arrière-plan est devenue un classique de Shizuoka. Elle demande un peu d'organisation, car le volcan se cache souvent dans les nuages de fin de matinée, surtout au printemps et en été.

Les points de vue les plus connus :

  • Obuchi Sasaba (ville de Fuji) : un champ de thé en pente, sans bâtiment ni ligne électrique entre les rangs et le volcan. C'est la vue la plus photographiée, en particulier en mai, quand le Fuji garde sa neige au-dessus des jeunes pousses. Accès en voiture (une quinzaine de minutes de la sortie Fuji de l'autoroute Tomei) ou à pied depuis un arrêt de bus. Une terrasse privative au milieu des théiers (« chanoma ») se réserve pour 90 minutes, avec dégustation de thé.
  • Plateau de Makinohara : le Fuji est plus lointain, mais l'échelle des champs est spectaculaire. L'espace d'observation du musée du thé offre la vue sans marcher.
  • Nihondaira (ville de Shizuoka) : colline avec champs de thé, vue sur la baie de Suruga et le Fuji, et téléphérique vers le sanctuaire Kunozan Toshogu.
  • Les vallées de Kawane : pas de Fuji, mais des champs accrochés aux pentes et le train à vapeur de l'Oigawa Railway qui longe la rivière.

Conseils photo :

  • Venir tôt le matin, idéalement avant 9 h, de novembre à mai.
  • Vérifier les webcams et prévisions de visibilité la veille ; un ciel bleu à Tokyo ne garantit rien au pied du Fuji.
  • Ne jamais entrer dans les rangs : ce sont des cultures privées. On reste sur les chemins et les zones prévues, et on ne touche pas les feuilles.
  • Garer la voiture uniquement sur les parkings indiqués : les chemins agricoles servent aux machines.
Sommet enneigé du mont Fuji dans la lumière douce du soir, vu depuis Shizuoka
Sommet enneigé du mont Fuji dans la lumière douce du soir, vu depuis Shizuoka · © Caleb Jack / Pexels · Pexels License

Accès à Shizuoka, durée et itinéraire type

Accès. Depuis Tokyo, le shinkansen Hikari met environ 1 heure jusqu'à la gare de Shizuoka (le Kodama, plus lent, dessert aussi Shin-Fuji et Kakegawa). Depuis Nagoya, comptez environ 1 heure également. Le JR Pass couvre ces trains ; attention, les Nozomi ne s'arrêtent pas à Shizuoka.

Sur place :

  • Musée du thé et Makinohara : ligne JR Tokaido jusqu'à Kanaya (environ 25 minutes depuis Shizuoka), puis bus ou taxi. L'aéroport Mt. Fuji Shizuoka est tout proche du plateau.
  • Obuchi Sasaba : depuis la gare de Shin-Fuji (Kodama) ou Fuji, en taxi ou voiture.
  • Kawane : Oigawa Railway depuis Kanaya ; le train à vapeur circule selon un calendrier saisonnier, à réserver.

En pratique, les sites de thé sont dispersés et mal desservis : une voiture avec chauffeur ou un autocar fait gagner des heures.

Combien de temps ?

  • Excursion d'une journée depuis Tokyo : musée du thé et Makinohara, déjeuner, puis un champ avec vue sur le Fuji en fin d'après-midi. Faisable, mais long.
  • Une nuit : on ajoute Obuchi Sasaba au lever du jour et une dégustation chez un producteur. C'est le bon format.
  • Deux nuits : avec Kawane et le train à vapeur, ou combiné avec Hakone ou la péninsule d'Izu.

Itinéraire type sur deux jours :

  • Jour 1 : shinkansen jusqu'à Shizuoka, Nihondaira et Kunozan Toshogu, nuit à Shizuoka.
  • Jour 2 : départ tôt pour Obuchi Sasaba, puis route vers Shimada, musée du thé (meule à matcha, thé dans le pavillon), déjeuner au restaurant du musée, plateau de Makinohara, retour en shinkansen depuis Kakegawa ou Shizuoka.

Le thé de Shizuoka en groupe : dégustations, ateliers et séminaires

Shizuoka a un avantage rare pour les groupes : elle est à une heure de Tokyo, sur la ligne du Tokaido, et peut s'insérer entre Tokyo et Kyoto sans détour. Le thé y offre des activités où chacun participe, adaptées aux équipes internationales.

Ce qui fonctionne bien avec 20 à 40 personnes :

  • Le musée du thé comme base : tarif de groupe à 400 ¥ à partir de 20 entrées payantes (réservation préalable demandée), parking pour 8 autocars, et une salle polyvalente de 200 places (213 m²) donnant sur le jardin, à réserver pour une réunion ou une conférence. Les ateliers de meule (6 personnes par séance) et le thé dans le pavillon (16 par séance) se font en rotation.
  • Une dégustation comparative chez un négociant ou un producteur : sencha, fukamushi, gyokuro et hojicha côte à côte, avec un jeu de reconnaissance à l'aveugle. Simple, convivial, et chacun apprend quelque chose.
  • La cueillette au printemps : en fin avril-début mai, certaines fermes accueillent des groupes pour cueillir et rouler leur thé. Créneaux très limités, à demander plusieurs mois avant.
  • Une visite d'usine de thé brut, possible pour de petits groupes, plutôt hors du pic de mai.
  • Les cadeaux : thé de Shizuoka en boîtes métalliques personnalisables, coffrets sencha-hojicha, petites théières. Pour une commande avec étiquette au nom de l'entreprise, prévoir plusieurs semaines.

À savoir : le musée ferme le mardi, et les week-ends de la Golden Week sont saturés. Un mercredi ou un jeudi de mai, ou une journée claire de novembre, donnent les meilleures conditions.

SHINOGI DMC intègre ces étapes dans des programmes Tokyo-Hakone-Kyoto ou des séminaires au départ de Tokyo : réservations du musée et des ateliers, dégustation privée, autocar, guide et cadeaux d'entreprise.

Feuilles de thé vert versées dans un panier métallique devant une torréfacteuse à thé artisanale
Feuilles de thé vert versées dans un panier métallique devant une torréfacteuse à thé artisanale · © Arnie Papp / Pexels · Pexels License

Questions fréquentes

Quand a lieu la saison du shincha à Shizuoka ?

De fin avril à mi-mai pour la première récolte. Le jour symbolique est le hachijuhachiya, 88e jour après le début du printemps traditionnel, autour du 2 mai.

Combien coûte l'entrée du musée du thé de Shizuoka ?

500 ¥ (400 ¥ en groupe de 20 personnes payantes et plus), gratuit pour les étudiants et les plus de 70 ans. Meule à matcha 300 ¥ et thé dans le pavillon 700 ¥ en supplément. Fermé le mardi.

Où voir les champs de thé avec le mont Fuji ?

À Obuchi Sasaba (ville de Fuji), le point de vue le plus célèbre, surtout en mai et tôt le matin. Le plateau de Makinohara et Nihondaira offrent aussi la vue, plus lointaine.

Quelle est la différence entre sencha et gyokuro ?

Le sencha pousse au soleil ; il est frais et légèrement astringent, infusé à 70-80 °C. Le gyokuro est ombragé une vingtaine de jours avant la récolte, plus doux et riche en umami, infusé à 50-60 °C.

Comment aller de Tokyo aux champs de thé de Shizuoka ?

Shinkansen Hikari jusqu'à Shizuoka (environ 1 heure), puis ligne JR Tokaido jusqu'à Kanaya (environ 25 minutes) pour le musée et Makinohara. Une voiture avec chauffeur est conseillée pour enchaîner plusieurs sites.

Peut-on organiser une activité thé pour un groupe d'entreprise à Shizuoka ?

Oui : le musée du thé accueille les groupes (tarif réduit, salle de 200 places, ateliers en rotation), et des négociants organisent des dégustations comparatives privées. La cueillette de printemps se réserve plusieurs mois à l'avance.

Rédaction SHINOGI DMC · Mis à jour

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