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Journal · 7 septembre 2026 · 9 min de lecture

Washi de Mino : le papier japonais classé à l'UNESCO, de l'atelier à la ruelle Udatsu

Hon-minoshi inscrit à l'UNESCO, quartier aux toits « udatsu », atelier de fabrication au Mino Washi no Sato Kaikan, alternative d'Echizen : un guide pratique du washi de Mino, avec tarifs, accès depuis Nagoya et conseils pour les groupes.

Qu'est-ce que le washi, et pourquoi Mino ?

Le washi désigne le papier japonais fait main à partir de fibres longues d'écorce : principalement le kozo (mûrier à papier), mais aussi le mitsumata et le gampi. Ces fibres, dix fois plus longues que celles du bois utilisé pour le papier industriel, s'entrecroisent sans être broyées. Résultat : un papier très fin, translucide et pourtant résistant, qui se plie, se froisse et dure des siècles.

Mino, petite ville d'environ 19 000 habitants au centre de la préfecture de Gifu, en est l'un des berceaux. La rivière Nagara et ses affluents fournissent une eau froide et claire, les montagnes voisines le kozo. Le Shosoin, trésor impérial de Nara, conserve des registres de familles de la province de Mino datés de 702, parmi les plus anciens papiers du Japon. À l'époque d'Edo, le papier de Mino servait aux shoji des demeures de samouraïs et aux documents officiels ; sa réputation était telle que « minogami » est devenu un format standard.

Aujourd'hui, la filière distingue trois niveaux :

  • le washi de Mino au sens large, reconnu « artisanat traditionnel » par l'État depuis 1985, fabriqué à la main ou à la machine selon les ateliers ;
  • le Hon-minoshi, papier fait main selon des règles strictes, bien culturel immatériel important depuis 1969 ;
  • les papiers techniques, comme le tengujo, si fin qu'il sert à la restauration d'œuvres et de livres anciens dans des musées du monde entier.

Une poignée de maisons perpétue le Hon-minoshi, réunies dans une association de préservation qui forme aussi des apprentis.

Hon-minoshi, patrimoine de l'UNESCO : comment est-il fabriqué ?

En 2014, l'UNESCO a inscrit « le washi, savoir-faire du papier artisanal japonais » sur la liste du patrimoine culturel immatériel. Trois papiers sont concernés : le Hon-minoshi de Mino, le Sekishu-banshi de Hamada (Shimane) et le Hosokawa-shi d'Ogawa et Higashichichibu (Saitama). Leur point commun : uniquement du kozo et des gestes transmis sans mécanisation.

Pour qu'une feuille porte le nom de Hon-minoshi, la fabrication suit ces étapes :

  • la matière : exclusivement du kozo de Nasu cultivé à Daigo, dans la préfecture d'Ibaraki, réputé pour ses fibres fines et brillantes ;
  • la cuisson de l'écorce blanche avec de la cendre végétale ou du carbonate de soude, sans produits chimiques agressifs ;
  • le nettoyage dans l'eau froide et le retrait à la main de chaque impureté (« chiri-tori »), un travail de plusieurs heures par kilo, souvent réalisé par des femmes de la région ;
  • le battage des fibres au maillet, puis le mélange dans la cuve avec du neri, mucilage extrait de la racine de tororo-aoi, qui ralentit l'écoulement de l'eau ;
  • la formation de la feuille par nagashizuki : l'artisan trempe le cadre dans la cuve et le balance d'avant en arrière, puis, particularité de Mino, aussi de gauche à droite. Les fibres s'orientent dans toutes les directions et la feuille devient régulière et solide ;
  • le séchage au soleil sur planches de bois (« itaboshi »), qui donne à la surface son aspect doux et légèrement lustré.

Une feuille de Hon-minoshi est si homogène qu'à contre-jour on ne distingue presque aucune trame. Ce papier coûte plusieurs milliers de yens la feuille, et la production annuelle reste très limitée.

Trois feuilles de papier fait main aux bords irréguliers, beige et bleu-gris, posées sur un fond gris
Trois feuilles de papier fait main aux bords irréguliers, beige et bleu-gris, posées sur un fond gris · © Anna Tarazevich / Pexels · Pexels License

Le quartier Udatsu de Mino : que voir dans la vieille ville ?

Le centre historique de Mino est classé depuis 1999 parmi les ensembles de bâtiments traditionnels à préserver. Il tient son nom des udatsu, ces murets coupe-feu surélevés qui dépassent du toit entre deux maisons. Les plus riches marchands de papier rivalisaient d'ornements sur ces udatsu, au point que l'expression « ne pas élever son udatsu » signifie encore en japonais « ne pas réussir dans la vie ». Deux rues parallèles, en forme d'échelle, concentrent une vingtaine de façades à udatsu.

À voir sur place, en 1 h 30 à 2 heures :

  • l'ancienne maison Imai et le musée historique de Mino : demeure d'un grand marchand de papier, avec son jardin intérieur et son « suikinkutsu » (jarre enterrée qui résonne sous l'eau) ; 300 ¥, ou 400 ¥ avec la galerie Akari ;
  • le Mino Washi Akari Art Kan : galerie des lampes en washi primées lors du concours annuel ;
  • les boutiques de papier : cartes, carnets, enveloppes, papier pour shoji ou pour calligraphie, avec des prix de 300 ¥ à plusieurs milliers de yens la feuille selon la qualité ;
  • le port fluvial de Kozuchi et son phare de bois, souvenir du temps où le papier partait par la rivière Nagara.

Chaque année en octobre, l'exposition Akari Art installe le soir des centaines de lampes en washi créées par des amateurs et des designers le long des rues ; la 33e édition a lieu en 2026. C'est le meilleur moment pour venir, mais aussi le plus fréquenté.

Atelier de papier au Mino Washi no Sato Kaikan : prix, durée, réservation

Le Mino Washi no Sato Kaikan est le musée du papier de la ville, installé dans la vallée de Warabi, à une quinzaine de minutes en voiture au nord du quartier Udatsu, au bord de la rivière Itadori où travaillent encore plusieurs ateliers. Il présente l'histoire du washi de Mino, les outils, les étapes de fabrication et des papiers du monde entier, et propose surtout un atelier de fabrication.

  • Horaires : 9 h – 17 h (dernière entrée 16 h 30).
  • Fermeture : le mardi (le lendemain si férié), le lendemain des jours fériés en semaine, et du 29 décembre au 3 janvier.
  • Entrée : 500 ¥ par adulte, 450 ¥ par personne pour les groupes de 20 et plus.
  • Atelier : à partir de 500 ¥. Plusieurs formules : feuille au format traditionnel « minoban », comme pour un shoji, papier « rakusui » où l'on dessine des motifs avec un jet d'eau, cartes postales dans lesquelles on insère des feuilles d'érable ou des pétales.
  • Durée : environ 20 minutes de fabrication, puis une cinquantaine de minutes de séchage. On visite le musée pendant ce temps.
  • Réservation : obligatoire pour les groupes de 10 personnes et plus.

Le geste paraît simple : tremper le cadre dans la cuve, le balancer, laisser l'eau s'écouler. En pratique, la première feuille est souvent trop épaisse d'un côté. Les animateurs corrigent avec patience, et c'est là que l'on comprend la difficulté du balancement latéral propre à Mino.

À éviter : venir le mardi, ou arriver à 16 h en espérant faire l'atelier. Pour une version plus approfondie, certains ateliers de la vallée accueillent sur demande de petits groupes pour voir le travail réel, sans participer.

Atelier de fabrication de papier avec des cadres en bois empilés sur un établi et une cuve en métal
Atelier de fabrication de papier avec des cadres en bois empilés sur un établi et une cuve en métal · © Rodolfo Gaion / Pexels · Pexels License

Lanternes, shoji, art : à quoi sert le washi aujourd'hui ?

Le washi n'est pas un objet de musée. Il reste présent dans la vie quotidienne et dans le design contemporain, et c'est un bon angle pour choisir quoi rapporter.

  • Shoji et fusuma : les panneaux coulissants des maisons et des ryokan. Le papier filtre la lumière sans la couper ; on le change traditionnellement à la fin de l'année.
  • Lanternes de Gifu (Gifu chochin) : lanternes peintes tendues de washi de Mino, elles-mêmes reconnues artisanat traditionnel. Leur usage le plus connu est l'Obon, la fête des morts de l'été.
  • Les lampes Akari d'Isamu Noguchi : depuis 1951, ces luminaires sculptés en washi sur armature de bambou sont fabriqués à Gifu. On les trouve dans les grands magasins de design en Europe.
  • Éventails ronds (uchiwa), parapluies wagasa, papier de calligraphie et papier pour estampes.
  • Restauration : le tengujo et d'autres papiers très fins renforcent des peintures, des parchemins et des livres anciens dans de nombreux musées et bibliothèques.
  • Mode et architecture : panneaux muraux, luminaires, cloisons, textiles en fil de papier.

À acheter à Mino : un carnet ou un lot de cartes (500 à 2 000 ¥), une petite lampe de table (à partir d'environ 5 000 ¥), une feuille de papier fait main encadrable (à partir de quelques milliers de yens). Le papier voyage bien à plat, entre deux cartons, dans la valise.

Panneaux à croisillons de bois de type shoji, traversés par la lumière et les ombres des feuillages
Panneaux à croisillons de bois de type shoji, traversés par la lumière et les ombres des feuillages · © SHIMADA MASAKI / Pexels · Pexels License

Echizen, l'autre grand centre du washi

Si Mino ne rentre pas dans le programme, Echizen, dans la préfecture de Fukui, est l'alternative la plus solide. La tradition y remonte à environ 1 500 ans, et le village de papetiers d'Imadate, dans la ville d'Echizen, abrite le sanctuaire Okamoto-Otaki, dédié à Kawakami Gozen, déesse du papier ; son pavillon à toits superposés est l'un des plus beaux du Japon. Le papier d'Echizen, reconnu artisanat traditionnel dès 1976, a longtemps servi aux documents officiels, et il reste réputé pour ses grandes feuilles et ses papiers épais.

Ce qu'on y trouve :

  • le Papyrus House, centre d'ateliers où l'on fabrique sa propre feuille ;
  • l'Udatsu Paper & Craft Museum, maison de papetier où des artisans travaillent devant les visiteurs ;
  • le musée du washi d'Echizen et plusieurs ateliers de taille familiale.

Depuis mars 2024, la gare d'Echizen-Takefu du Hokuriku Shinkansen rapproche Echizen de Kanazawa (environ 40 minutes) et de Tokyo. On peut combiner le papier avec les couteaux de Takefu, l'autre grand artisanat de la région.

Comment choisir ? Mino se marie avec Nagoya, Gifu et Takayama ; Echizen avec Kanazawa et la côte de la mer du Japon. Les deux offrent des ateliers accessibles, mais seul Mino détient l'inscription UNESCO.

Comment aller à Mino depuis Nagoya, et organiser une visite de groupe

Accès. Depuis Nagoya, l'autocar est le plus simple : environ 1 heure par l'autoroute Tokai-Hokuriku jusqu'à la sortie de Mino. En transports publics, comptez 1 h 30 à 2 heures : train JR jusqu'à Gifu puis bus Gifu Bus jusqu'au centre de Mino, ou train jusqu'à Mino-Ota puis la ligne locale Nagaragawa Railway jusqu'à la gare de Minoshi. Entre le quartier Udatsu et le Kaikan, il faut une voiture, un taxi ou l'autocar.

Combien de temps ? Une demi-journée suffit pour l'atelier et la vieille ville. Une journée complète permet d'ajouter Seki (couteaux, à 20 minutes) ou Gujo Hachiman (eaux vives et danses d'été, à 30 minutes). De mi-mai à mi-octobre, la pêche au cormoran sur la rivière Nagara à Gifu fait une excellente soirée de groupe.

Pour un groupe de 20 à 40 personnes, voici ce qui fonctionne :

  • réserver le Kaikan plusieurs semaines à l'avance et faire tourner l'atelier par sous-groupes, pendant que les autres visitent le musée ;
  • prévoir un interprète : les explications sont en japonais ;
  • découper la vieille ville en deux groupes avec un guide chacun, les rues étant étroites ;
  • commander des cadeaux personnalisés (carnets, cartes de vœux, lampes avec logo) auprès d'un atelier, au moins un à deux mois avant ;
  • éviter le week-end de l'exposition Akari si le groupe n'y vient pas spécialement.

SHINOGI DMC organise cette journée au départ de Nagoya, avec autocar, interprète, réservation des ateliers et déjeuner, ou l'intègre dans un circuit Nagoya – Takayama – Kanazawa.

Vue de dessous d'une ombrelle japonaise en papier violet, avec ses baleines de bambou et son centre blanc
Vue de dessous d'une ombrelle japonaise en papier violet, avec ses baleines de bambou et son centre blanc · © Daisuke Fujita / Pexels · Pexels License

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Hon-minoshi ?

C'est le washi de Mino fabriqué selon des règles strictes : uniquement du kozo de Nasu (Daigo, Ibaraki), nettoyage à la main, formation par nagashizuki avec balancement latéral et séchage sur planches. Il est inscrit au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis 2014.

Combien coûte l'atelier de papier au Mino Washi no Sato Kaikan ?

À partir de 500 ¥, en plus de l'entrée à 500 ¥ (450 ¥ en groupe de 20 et plus). La fabrication dure environ 20 minutes, puis le papier sèche une cinquantaine de minutes. Les groupes de 10 personnes et plus doivent réserver.

Quel jour éviter pour visiter Mino ?

Le mardi : le Mino Washi no Sato Kaikan est fermé (ainsi que le lendemain des jours fériés en semaine). Plusieurs boutiques du quartier Udatsu ferment aussi en semaine selon les cas.

Comment aller à Mino depuis Nagoya ?

En autocar, environ 1 heure par l'autoroute Tokai-Hokuriku. En transports publics, 1 h 30 à 2 heures : train JR jusqu'à Gifu puis bus, ou train jusqu'à Mino-Ota puis Nagaragawa Railway jusqu'à la gare de Minoshi.

Quand a lieu l'exposition Mino Washi Akari Art ?

Chaque année en octobre, dans le quartier Udatsu, avec des centaines de lampes en washi allumées le soir dans les rues. Les dates exactes sont publiées par l'office de tourisme de Mino.

Mino ou Echizen : où faire un atelier de washi ?

Mino si vous partez de Nagoya ou combinez avec Takayama, et si l'inscription UNESCO compte pour vous. Echizen (Fukui) si le circuit passe par Kanazawa : la gare d'Echizen-Takefu du Hokuriku Shinkansen en facilite l'accès depuis 2024.

Rédaction SHINOGI DMC · Mis à jour

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