Qu'est-ce que l'awamori, l'alcool d'Okinawa ?
L'awamori est l'alcool distillé d'Okinawa, et sans doute le plus ancien du Japon : la distillation serait arrivée dans le royaume de Ryukyu au XVe siècle, par le commerce avec le Siam. Sous le royaume, sa production était réservée à trois quartiers de Shuri, la capitale (Sakiyama, Akata et Torihori), sous licence de la cour. On compte aujourd'hui une quarantaine de distilleries dans l'archipel.
Ce qui le distingue du shochu de Kyushu, c'est sa méthode, fixée par l'indication géographique « Ryukyu Awamori » (1995) :
- du riz long de type indica, en pratique du riz thaï, plus facile à travailler avec le koji ;
- du koji noir (Aspergillus luchuensis), une moisissure adaptée au climat chaud, dont l'acide citrique protège la fermentation ;
- une fermentation « zen-koji » : la totalité du riz est transformée en koji, sans ajout de riz cuit en cours de route, contrairement au saké ou à la plupart des shochu ;
- une seule distillation, en alambic simple, qui conserve les arômes de la matière première.
Le degré varie de 25 à 43 % environ ; l'awamori le plus courant titre 30 %. Dans les izakaya d'Okinawa, il se boit allongé d'eau et de glaçons (mizuwari), sec dans de petites tasses, ou parfumé au citron shikuwasa.
Un détail historique compte pour les amateurs : la bataille d'Okinawa, en 1945, a détruit Shuri et presque tous les vieux awamori conservés en jarre. Les quelques jarres d'avant-guerre qui ont survécu, comme celle de la distillerie Shikina, sont considérées comme des trésors.
Kusu : pourquoi l'awamori vieilli en jarre est-il si recherché ?
Le kusu (« vieil alcool ») est l'awamori vieilli au moins trois ans. Depuis août 2015, la règle est stricte : pour être étiqueté kusu, 100 % du contenu doit avoir vieilli trois ans ou plus. Auparavant, il suffisait que plus de la moitié le soit. L'âge affiché correspond à l'alcool le plus jeune de l'assemblage.
Le vieillissement se fait traditionnellement en jarre de terre cuite (kame), plus rarement en fût de chêne, qui donne des awamori ambrés proches du whisky. En jarre, l'alcool reste clair et devient plus rond, avec des notes de vanille, de caramel ou de champignon à mesure que les années passent.
La méthode la plus typique est le shitsugi, un système de transvasement comparable à la solera : on prélève un peu de l'awamori le plus ancien, puis on complète la jarre avec un awamori un peu plus jeune, et ainsi de suite le long d'une série de jarres. Beaucoup de familles d'Okinawa entretiennent ainsi une jarre à la maison, ouverte pour les grandes occasions.
Repères de prix :
- awamori courant, 720 ml : environ 1 500 à 3 000 ¥ ;
- kusu de 5 à 10 ans : environ 3 000 à 15 000 ¥ ;
- vieux kusu en série limitée ou en jarre : bien au-delà, avec des pièces de collection.
Les petites jarres en céramique de Tsuboya, remplies d'awamori, sont un cadeau très apprécié, mais lourd et fragile : la livraison depuis la boutique vers l'hôtel ou le domicile est souvent la meilleure solution.

Visiter une distillerie d'awamori à Shuri : Zuisen et Shikina
Shuri, sur les hauteurs de Naha, est l'endroit logique pour voir l'awamori de près : c'est l'ancien quartier royal des distilleries, à quelques minutes du château.
Zuisen Shuzo (Shuri Sakiyama), fondée en 1887, est la distillerie la plus accessible :
- visite gratuite : film sur la fabrication, vue sur les cuves et le chai à jarres, puis dégustation de plusieurs awamori et kusu ;
- horaires : 9 h – 16 h (dernière entrée), en semaine uniquement ; fermé le samedi, le dimanche et les jours fériés, avec quelques fermetures ponctuelles ;
- accès : 10 minutes à pied de la gare de Shuri (monorail Yui Rail) ;
- boutique : large choix de kusu et de jarres, avec expédition.
Zuisen s'est aussi fait connaître en faisant revivre une souche de koji noir d'avant-guerre, conservée dans un laboratoire universitaire de Tokyo, à l'origine de sa cuvée « Usaki ».
Shikina Shuzo (Shuri Akata), plus petite, appartient à une famille de distillateurs. Elle conserve une jarre de kusu d'environ 150 ans, l'une des rares rescapées de la guerre. Les visites sont possibles sur réservation téléphonique, pour quelques personnes seulement, et en japonais : ce n'est pas un lieu pour un groupe.
Ailleurs sur l'île, plusieurs distilleries accueillent aussi le public, parfois avec un atelier de jarres ou une boutique de dégustation, notamment dans le sud, près de l'aéroport. Rappel : âge légal de 20 ans, et personne ne conduit après la dégustation.
Verre de Ryukyu : atelier de verre soufflé au Ryukyu Glass Village
Le verre de Ryukyu est un artisanat récent, né après 1945. Faute de matière première, les verriers d'Okinawa ont refondu les bouteilles de soda et de bière jetées par les bases américaines. Le verre recyclé, impur, donnait des pièces épaisses, teintées et pleines de bulles : ce qui était un défaut est devenu la signature du style. Aujourd'hui, les ateliers utilisent aussi du verre neuf, mais gardent ces couleurs vives (bleu océan, vert, ambre) et ces bulles. Le verre de Ryukyu est reconnu artisanat traditionnel par la préfecture d'Okinawa.
Le Ryukyu Glass Village, à Itoman, dans le sud de l'île, est le plus grand atelier :
- verre soufflé : on choisit forme et couleur, puis on souffle et on façonne avec un artisan ; environ 15 à 20 minutes de travail, mais 1 heure sur place avec les explications et l'attente ; à partir d'environ 3 500 ¥ ;
- réservation recommandée la veille au plus tard, en ligne ou par téléphone ;
- retrait : la pièce doit refroidir lentement ; elle se récupère 7 jours plus tard ou s'expédie (500 ¥ à Okinawa, 1 500 ¥ ailleurs au Japon) ;
- d'autres ateliers sans four (gravure, assemblage de fragments de verre en photophore) permettent de repartir le jour même ;
- accès : 30 à 40 minutes de voiture depuis Naha ; aucun train.
On trouve aussi des ateliers de verre à Naha, à Onna et dans le centre de l'île, souvent plus petits et plus faciles pour 2 à 6 personnes.
Pour acheter, compter 1 500 à 3 000 ¥ pour un verre ordinaire et davantage pour les pièces signées. Le verre voyage bien en bagage cabine, emballé dans du papier journal.

Bingata et Tsuboya : teinture royale et rue des potiers à Naha
Le bingata est la teinture de la cour de Ryukyu. Sur une étoffe de coton ou de soie, l'artisan applique une pâte de riz à travers un pochoir (katagami), puis peint les zones libres avec des pigments minéraux aux couleurs franches : jaune, rouge, bleu, violet. Une seconde couleur plus foncée, posée en dégradé (« kumadori »), donne du relief aux fleurs, aux oiseaux et aux vagues. Les couleurs et les motifs indiquaient autrefois le rang des porteurs. Le bingata est artisanat traditionnel national depuis 1984.
Les initiations se font sur un mouchoir, un tote-bag ou un petit panneau à partir d'un pochoir déjà découpé : environ 1 heure, en général 2 000 à 4 000 ¥ selon l'atelier et le support. Plusieurs ateliers de Shuri et de Naha en proposent, ainsi que le centre des arts traditionnels de Naha, sur l'avenue Kokusai-dori, qui réunit aussi tissage, verre et laque.
Tsuboya, à 10 minutes à pied de Kokusai-dori, est le quartier des potiers depuis 1682, date à laquelle le gouvernement royal y a regroupé trois centres de production. La rue Yachimun (« yachimun » veut dire poterie en okinawaïen), pavée de pierre, aligne ateliers et boutiques sur environ 400 mètres. On y distingue :
- l'arayachi, poterie non émaillée pour les jarres à awamori et à eau ;
- le joyachi, émaillé et décoré, pour la vaisselle ;
- les shisa, lions gardiens posés par paires sur les toits et aux portes.
La maison Aragaki, ancienne demeure de potiers avec son four grimpant, est classée bien culturel important. Point d'attention pour 2026 : le musée de la poterie de Tsuboya est fermé pour travaux du 1er septembre 2026 au 31 mars 2027 ; la rue et les ateliers restent ouverts. Beaucoup de potiers ont déménagé dans les années 1970 au village de Yachimun de Yomitan, au centre de l'île, à cause des fumées : c'est l'adresse à retenir pour les fours en activité.

Combien de temps prévoir et comment combiner ces visites
Tout peut tenir en une journée et demie depuis Naha :
- jour 1, matin : château de Shuri, puis distillerie Zuisen (en semaine) et les ruelles de pierre de Kinjo-cho ;
- jour 1, après-midi : atelier de bingata à Shuri ou Naha, puis rue Yachimun à Tsuboya et Kokusai-dori ;
- jour 2, matin : Ryukyu Glass Village à Itoman, en combinant avec le mémorial de la paix et la falaise de Mabuni, dans le sud ;
- option : village de Yachimun de Yomitan, à environ 1 heure de Naha, si le groupe loge sur la côte ouest.
Pour le château de Shuri, gardez en tête que la reconstruction de la salle principale, détruite par l'incendie de 2019, doit être achevée à l'automne 2026 ; selon la date de votre visite, une partie du site peut encore être en chantier ou en préparation de réouverture.
Côté saison, les ateliers sont abrités, donc praticables toute l'année. Évitez simplement la période des typhons (surtout août-septembre) pour les journées chargées en déplacements, et la Golden Week pour les réservations.
Bon à savoir : en été, la chaleur près des fours de verre est très forte. Les créneaux du matin sont plus confortables, et il faut boire régulièrement.
Artisanat et awamori à Okinawa pour un groupe d'entreprise
Okinawa accueille beaucoup de groupes en incentive et en séminaire, souvent centrés sur la plage. Un après-midi d'artisanat apporte de la profondeur au programme et fonctionne bien par temps de pluie.
- Verre de Ryukyu : le Ryukyu Glass Village a la capacité d'accueillir des groupes, mais le soufflage se fait un par un. Pour 30 personnes, on combine soufflage pour une partie du groupe et ateliers sans four pour les autres, et on organise l'expédition des pièces à l'hôtel ou au domicile, puisqu'elles ne sont prêtes qu'après 7 jours.
- Awamori : Zuisen accueille les petits groupes en semaine ; pour 20 à 40 personnes, une dégustation privée de kusu animée par un spécialiste à l'hôtel, avec accords de plats okinawaïens, est plus confortable. On peut aussi faire remplir une petite jarre au nom de l'entreprise, à rouvrir lors d'un prochain événement.
- Bingata : atelier facile à installer en salle de séminaire avec un artisan, 1 heure, pour 20 à 40 personnes en une seule session.
- Cadeaux : verres de Ryukyu, petites shisa de Tsuboya, foulards en bingata. Prévoir l'expédition pour les pièces lourdes ou fragiles.
- Transport : un autocar est indispensable pour Itoman et Yomitan ; à Naha, le monorail suffit pour un petit groupe.
SHINOGI DMC organise ces ateliers et dégustations à Okinawa, en complément d'un programme de séminaire, d'une convention ou d'un séjour incentive, avec interprètes et logistique d'expédition.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre l'awamori et le shochu ?
L'awamori utilise du riz long thaï entièrement transformé en koji noir (méthode zen-koji) et une seule distillation. La plupart des shochu ajoutent la matière principale (patate douce, orge, riz) après une première fermentation du koji, souvent du koji blanc.
Qu'est-ce qu'un kusu ?
Un awamori vieilli au moins trois ans. Depuis 2015, la mention est réservée aux produits dont 100 % du contenu a vieilli trois ans ou plus. Il vieillit le plus souvent en jarre de terre cuite, parfois selon la méthode du shitsugi.
Peut-on visiter une distillerie d'awamori à Naha ?
Oui. Zuisen, à Shuri (10 minutes à pied de la gare de Shuri), propose une visite gratuite avec dégustation en semaine, de 9 h à 16 h. Shikina accepte quelques personnes sur réservation téléphonique.
Combien coûte l'atelier de verre soufflé au Ryukyu Glass Village ?
À partir d'environ 3 500 ¥. Le soufflage prend 15 à 20 minutes, mais il faut compter une heure sur place. La pièce se récupère 7 jours après ou s'expédie (500 ¥ à Okinawa, 1 500 ¥ ailleurs au Japon).
Le musée de la poterie de Tsuboya est-il ouvert ?
Non, il est fermé pour travaux du 1er septembre 2026 au 31 mars 2027, avec une réouverture prévue le 1er avril 2027. La rue Yachimun, ses ateliers et ses boutiques restent ouverts.
Quel atelier d'artisanat faire à Okinawa avec un groupe de 30 personnes ?
Le bingata est le plus simple : un artisan anime la séance en 1 heure, même en salle d'hôtel. Le verre soufflé demande des rotations et l'expédition des pièces ; une dégustation privée de kusu complète bien l'après-midi.
Rédaction SHINOGI DMC · Mis à jour
Sources
- JETRO — Awamori (méthode, ingrédients)
- Agence nationale des impôts — Indication géographique « Ryukyu Awamori » (PDF)
- Ryukyu Shimpo — Distilleries Zuisen et Shikina
- Ryukyu Glass Village — Informations sur les ateliers (PDF)
- Ville de Naha — Fermeture du musée de la poterie de Tsuboya (PDF)
- MLIT — Base de textes multilingues : Tsuboya (PDF)








